Les équipes de dépollution de Lubrizol sont-elles suffisamment protégées ?

FAKE OFF Un post Facebook viral prétend, photos à l'appui, que les équipes chargées de dépolluer les environs de Lubrizol ne sont pas assez protégées

Alexis Orsini

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Des membres de l'équipe de dépollution de Lubrizol, à Rouen, le 7 octobre 2019.
Des membres de l'équipe de dépollution de Lubrizol, à Rouen, le 7 octobre 2019. — Robin Letellier/SIPA
  • Combinaison jaune, masque respiratoire... Des photos de l'équipe de dépollution chargée d'intervenir près de l'usine Lubrizol sont devenues virales sur Facebook.
  • A en croire le post qui les accompagne, ces salariés ne seraient pas suffisamment protégés contre les dangers de ces résidus apparus après l'incendie de l'usine classée Seveso.
  • Le responsable des opérations affirme à 20 Minutes que le protocole suivi permet d'assurer leur sécurité. 

Vêtues d’une combinaison jaune, de gants bleus et d’un masque filtrant recouvrant la totalité de leur visage, plusieurs personnes s’affairent au milieu des débris qui flottent dans l’eau ou ont échoué sur la terre ferme.

Si leur équipement interroge à lui seul sur la nature exacte de leur intervention comme sur les dangers potentiellement encourus, la légende accompagnant ces photos partagées sur Facebook par la page « Rouen dans la rue » achève d’accentuer les inquiétudes des internautes autour des retombées sanitaires de l’incendie de l'usine Lubrizol (classée Seveso).

« Il y a une semaine, nous filmions les équipes de dépollution qui intervenaient sur la marée noire de la Seine. Nous avions été surpris de constater que les travailleurs étaient protégés par un simple masque de papier. Aujourd’hui ils sont équipés d’une combinaison intégrale et d’un masque complet à ventilation assistée. La pollution reste pourtant la même. Comment expliquer un tel changement ? », avance ce texte mis en ligne le 6 octobre. Avant de remettre ouvertement en question la protection fournie aux équipes chargées d’intervenir dans ce périmètre de sécurité interdit au public.

FAKE OFF

Quelques heures avant d’être reprises par la page « Rouen dans la rue », ces photos ont d’abord été publiées sur la page Facebook de leur auteur, Patrice Gravoin, avec une légende plus courte mais tout aussi interrogative : « #Lubrizol – Selon Castaner : « Ne paniquons pas » Sauf peut-être derrière le périmètre de sécurité… Rouen, le 5 octobre 2019 »

Une interrogation partagée par un témoin interrogé par 20 Minutes, qui a pu visiter les environs du bassin où se déroule ce travail de dépollution mais préfère rester anonyme « Seul le personnel présent sur l’eau avait des masques. Ça m’a surpris, étant donné l’insupportable odeur de produits chimiques et d’hydrocarbures présente dans la zone. En seulement un quart d’heure sur le pont Flaubert, j’ai ressenti une grosse pression au niveau des poumons, donc je ne sais pas comment ils font pour tenir même si c’est leur métier. »

Pour sa part, Patrice Gravoin indique à 20 Minutes avoir senti depuis le même pont, le 5 octobre, une « odeur âcre » même si l’air restait clairement « respirable ». « Avec ces photos, j’ai tenu à alerter sur un sujet qui était peu médiatisé », nous précise-t-il en outre.

« Un niveau d’équipement standard »

« Nous avons eu plusieurs réactions de surprise au sein de la presse sur le niveau d’équipement important de nos salariés, qui est pourtant standard », affirme pour sa part à 20 Minutes Mickaël Prestavoine, directeur des opérations industrielles du groupe Séché Urgences Interventions (SUI), en charge de cette mission de dépollution. L’entreprise est loin d’en être à sa première expérience en la matière puisqu’elle était notamment intervenue pour le naufrage du navire Grande America au large de La Rochelle.

« Contrairement à une intervention sur un seul type de produit, comme une fuite de carburant, on ne sait pas quels produits sont dans la zone, c’est un mélange de lubrifiants, de déchets brûlés… Cette multitude fait qu’il est normal de sécuriser au maximum nos salariés, selon le principe de précaution, puisqu’on ne connaît pas la nature physico-chimique des produits sur lesquels ils interviennent », poursuit-il.

« Nos salariés portent donc des appareils respiratoires de type P3 et une combinaison de protection prévue pour manipuler les produits au plus près, tout cet équipement est validé avec l’inspection du travail », ajoute Mickaël Prestavoine. L’absence de telles protections sur les salariés présents au bord de l’eau s’explique en outre par la portée limitée des composés organiques volatiles de la zone : « Tous nos salariés ont un détecteur pour évaluer la présence de gaz. A 10 mètres du bateau, il y a peu de risque de contamination olfactive grâce à la direction des vents. »

Le spécialiste explique en outre que les masques utilisés ces derniers jours et au début de l’intervention sont en fait les mêmes, à une différence (majeure) près : « Les masques blancs [visibles sur les images des premières interventions] ne sont pas de simples masques à poussière mais bien des masques ABEK. Ils sont jetables et ont une durée de vie de 4 heures : ils ont été utilisés au cours des huit premières heures de l’opération, quand nous étions en mission de reconnaissance mandatée par la préfecture. Depuis, nous utilisons exactement les mêmes, mais ceux-ci disposent d’une durée de vie de 40 heures ».

Loin de nier les dangers propres à ce type d’opération singulière, le directeur des opérations industrielles de SUI nuance toutefois : « Comme sur tout chantier de dépollution, il y a des risques, mais ceux-ci sont mesurés et sécurisés. Le plan est réévalué chaque jour, avec une analyse des risques faite à 7h30 tous les matins. Ce qui serait vraiment gênant, c’est d’avoir des équipes qui interviennent sur le bateau sans protection. »