Offensive turque contre les Kurdes : En réponse aux critiques, Recep Tayyip Erdogan menace l’Europe d’un flux de migrants

SYRIE Le flux de migrants depuis la Turquie vers l’Europe a considérablement diminué après un accord conclu en 2016 entre Ankara et l’Union européenne

20 Minutes avec AFP

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Le président turc, Recep Tyyip Erdogan, devant le parlement d'Ankara, le 6 novembre 2018.
Le président turc, Recep Tyyip Erdogan, devant le parlement d'Ankara, le 6 novembre 2018. — Burhan Ozbilici/AP/SIPA

En réponse aux critiques contre l’offensive turque en cours dans le nord-est de la Syrie, Recep Tayyip Erdogan a menacé, ce jeudi, d’ouvrir les portes de l’Europe à des millions de réfugiés. « Ô Union européenne, reprenez-vous. Je le dis encore une fois, si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants », a déclaré le président turc

La Turquie accueille 3.6 millions de réfugiés syriens sur son sol. Le flux de migrants depuis la Turquie vers l’Europe s’est considérablement tari à la faveur d’un accord conclu en 2016 entre Ankara et l’UE.

La Turquie rassure les Européens sur le sort des membres étrangers de Daesh

Les pays européens ont vivement critiqué l’opération lancée, ce mercredi, par la Turquie dans le nord-est de la Syrie contre une milice kurde, les YPG, considérée comme terroriste par Ankara mais soutenue par les Occidentaux car elle constitue le fer de lance de la lutte contre les djihadistes du groupe de l'Etat islamique (EI). « Vous n’avez jamais été sincères. A présent ils disent qu’ils vont bloquer trois milliards d’euros (promis à la Turquie dans le cadre de l’accord migratoire). Avez-vous jamais respecté une promesse qui nous a été faite ? Non », a encore martelé Recep Tayyip Erdogan.

« Avec l’aide de Dieu, nous poursuivrons notre chemin, mais nous ouvrirons les portes » aux migrants, a-t-il ajouté. En parallèle, le président turc s’est cependant efforcé de rassurer sur un autre point qui inquiète les Occidentaux, Européens en tête : le sort des membres étrangers de l’EI actuellement détenus par les forces kurdes. Mercredi, le porte-parole de Recep Tayyip Erdogan avait appelé les pays européens à « reprendre » leurs ressortissants, ce que ceux-ci sont peu enclins à faire. Jeudi, le président turc s’est montré plus rassurant : « Nous ferons ce qui est nécessaire avec les prisonniers de l’EI (…) Ceux qui doivent rester en prison, nous les y maintiendrons, et nous renverrons les autres dans leur pays d’origine, si ces derniers les acceptent », a-t-il ajouté.

Selon Erdogan, « 109 terroristes » ont été tués depuis le début de l’offensive

Par ailleurs, Recep Tayyip Erdogan s’est défendu de viser les Kurdes en général, affirmant que les YPG étaient l’unique cible de l’offensive. « Ce que nous essayons de faire, c’est d’empêcher la création d’une entité terroriste à notre frontière méridionale », a insisté Recep Tayyip Erdogan. « Très rapidement, de Minbej (localité syrienne à 30 km de la frontière turque) jusqu’à la frontière irakienne, nous allons dissiper les sombres nuages suspendus au-dessus du peuple syrien depuis huit ans », a-t-il ajouté. Il a en outre affirmé que « 109 terroristes », avaient été tués depuis le début de l’offensive mercredi, baptisée « Source de Paix », et que d’autres avaient été blessés ou s’étaient rendus.

Recep Tayyip Erdogan s’en est par ailleurs vivement pris à l’Arabie saoudite et à l’Egypte, principaux rivaux régionaux de la Turquie, pour avoir critiqué l’offensive en Syrie. « Que l’Arabie saoudite se regarde d’abord dans une glace », a-t-il dit en rappelant que « des dizaines de milliers de personnes sont mortes au Yémen », en raison de l’offensive saoudienne en cours dans ce pays depuis 2015 contre les rebelles houthis. En réponse aux critiques égyptiennes, il a estimé que le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi « ne devrait pas dire un seul mot ». « Tu es le tueur de la démocratie dans ton pays, un vrai assassin ».