Vendée : « J’ai peur pour moi et pour mes collègues », avoue Nicolas, salarié de Michelin

SOCIAL Ce jeudi, la direction du groupe a confirmé que le site de production de pneus, qui emploie 619 personnes, fermerait ses portes d’ici à fin 2020

Julie Urbach et David Phelippeau, à La Roche-sur-Yon

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Des pneus ont brûlé toute la journée devant l'entreprise vendéenne.
Des pneus ont brûlé toute la journée devant l'entreprise vendéenne. — LOIC VENANCE / AFP
  • Le fabricant de pneumatiques a annoncé, jeudi 10 octobre, son intention de fermer « d’ici fin 2020 » son usine de La Roche-sur-Yon.
  • Toute la journée, les salariés sont restés devant l’entreprise pour montrer leur colère.
  • Les élus de la région et les syndicats ont rencontré en milieu d’après-midi les dirigeants de Michelin.

« Ce sont des balivernes qu’ils racontent… », hurle un salarié en direction de Luc Bouard, maire de la Roche-sur-Yon, qui vient résumer l’entretien qu’il vient d’avoir un peu avant 17h avec la direction de Michelin. Il y a de la tristesse, mais surtout beaucoup de colère devant l’usine de la Roche-sur-Yon en Vendée. Jeudi matin, alors que les inquiétudes étaient déjà fortes, le couperet est tombé. Devant les salariés, la direction du groupe a confirmé que le site de production de pneus, qui emploie 619 personnes, fermerait ses portes d’ici à fin 2020.

« C’est ma vie ici, 30 ans que je mange du Michelin, que mes enfants mangent du Michelin, se désole Thierry, 50 ans, habitant de Beaulieu-sous-la-Roche. Voilà comment ça se termine : avec un "au revoir" et sans aucun "merci". C’est dur à digérer. »

« Ce sont des menteurs professionnels »

La direction, qui met en avant les « difficultés du marché des pneus poids lourds haut de gamme, tant en Europe qu’à l’export », a promis « un plan d’accompagnement des salariés » de La Roche. Il comprend des mesures de préretraite et des dispositifs de mobilité interne et externe, afin que chacun « ait la possibilité de rester au sein de l’entreprise en France ». Mais les hommes et les femmes concernés, dont beaucoup sont restés toute la journée devant l’usine, peinent à se projeter. « Ils veulent nous envoyer ailleurs, mais ils dégagent du monde partout, lance Nicolas, 28 ans. Ma vie est ici. »

Cet habitant de Challans, salarié depuis trois ans dans l’entreprise vendéenne, ne masque pas son courroux, les larmes affleurent quand il parle de son avenir qu’il imagine sombre. « Je n’ose même pas appeler ma femme. Quand je vais rentrer et lui annoncer que dans quelques mois je n’ai plus de salaire alors qu’on a une maison à payer… J’ai peur pour moi et pour mes collègues. »

Les motifs de « manque de compétitivité » de l’usine yonnaise et la concurrence asiatique avancés par la direction pour justifier la fermeture ne passent pas du tout. « Ce sont des menteurs professionnels, s’insurge Anthony Guilloteau, délégué syndical CGT et salarié depuis 25 ans à La Roche-sur-Yon. Ils ont oublié de dire qu’ils avaient augmenté le prix de vente des pneus pour faire le plus de marge possible. »

Appel à « une grève illimitée »

Pire qu’une mauvaise nouvelle, le syndicat Sud dénonce une « trahison », trois ans après la signature d’un pacte d’avenir et l’investissement de 70 millions d’euros. Les salariés « ne sont pas responsables de la calamiteuse stratégie de marge et de prix par Michelin qui conduit à cette catastrophe sociale », a estimé le troisième syndicat du groupe, appelant à une « grève illimitée » et à « un rendez-vous de toute urgence » avec le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

La région Pays de la Loire, qui perd l’un des fleurons de son industrie, rappelle que les salariés « ont fait des efforts considérables pour améliorer la compétitivité de leur usine, dont la proposition de lancer une étude pour redimensionner ou diversifier l’activité du site n’a même pas été entendue par la direction ». Le maire de la Roche-sur-Yon, qui a rencontré les responsables de Michelin sur place jeudi en compagnie d’autres élus, a annoncé qu’il allait se coordonner avec le département « pour créer une cellule spéciale d’accompagnement ». La Vendée affiche un faible de taux de chômage et d’importants besoins de recrutement. Quelque 28.000 offres seraient actuellement à pourvoir.