« Mask Singer » : TF1 joue gros et organise le culte du secret autour de l’émission

BAS LES MASQUES Ce vendredi, à 21h05, TF1 lance « Mask Singer », une émission qui repose sur le secret. Explications

Fabien Randanne

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On a une certitude, ce n'est pas Camille Combal qui se trouve sous le déguisement de paon.
On a une certitude, ce n'est pas Camille Combal qui se trouve sous le déguisement de paon. — CHRISTOPHE CHEVALIN - TF1
  • « Mask Singer », adaptation d’un format sud-coréen, est lancé ce vendredi, à 21h05 sur TF1.
  • Douze personnalités de divers horizons chantent dissimulées sous d’imposants déguisements. Charge à quatre « jurés-enquêteurs » de découvrir leur identité…
  • Du tournage à la conférence de presse, TF1 a mis en place un important dispositif pour empêcher la fuite d’informations.

Elle s’est autoproclamée « l’émission la plus secrète de France » et elle n’exagère pas. Mask Singer, lancée ce vendredi à 21h05 sur TF1, carbure au flou, aux points d’interrogations et au mystère… Ce que l’on sait, c’est que douze personnalités venues du monde de la musique, de la comédie, du sport ou encore de la politique ont accepté de se prêter au jeu en venant pousser la chansonnette, dissimulées sous de spectaculaires déguisements.

Qui sont-elles ? C’est justement ce qu’il faudra s’amuser à deviner au fil des semaines. Sur le plateau, Alessandra Sublet, Anggun, Kev Adams et Jarry tiennent le rôle d’enquêteurs et ont la charge de découvrir, grâce à des indices fournis par la production, qui se cache sous les imposants costumes de paon, de licorne ou de lion…

Fin octobre, la chaîne a convié une quinzaine de médias – dont 20 Minutes – à découvrir un aperçu d’une petite demi-heure du rendu final. Les journalistes étaient prévenus : s’ils ont l’habitude de pouvoir visionner les émissions en avance, pour Mask Singer, ce sera une autre chanson. Hors de question de voir davantage que ces extraits avant la diffusion à l’antenne.

Smartphones confisqués

Preuve que ça ne rigole vraiment pas : lors de la projection, les téléphones portables étaient interdits et devaient être glissés dans une pochette scellée, impossible à ouvrir sans l’accessoire adéquat. Ultime conseil glissé par le service de communication : « Si vous avez une idée de qui peut se cacher sous les déguisements, merci de ne pas en faire part à vos lecteurs ».

Ne comptez donc pas sur nous pour vous faire part de nos théories sur l’identité des candidats – de toute façon, on en a vu trop peu pour avoir ne serait-ce que l’ombre d’une certitude… Des noms ont cependant été évoqués par certains sites et émissions ces dernières semaines. Des rumeurs complètement à côté de la plaque, assure-t-on du côté de TF1.

Alessandra Sublet, elle, s’agace : « Aux Etats-Unis, au Mexique, en Allemagne [pays où Mask Singer a été adapté], même si la presse avait des idées ou avait entendu parler de [certains noms], elle ne disait rien. C’était :"Jouez et on verra". En France, on est les seuls à ne pas comprendre le culte du secret. On est un peu lourdingue et on dit : "On va mettre des noms sur la table pour voir [les réactions]". Je ne comprends même pas l’intérêt de faire ça. Tout l’intérêt de cette émission, c’est de jouer. »

Le plaisir de « péter des câbles »

Kev Adams confirme : « En France, on a cette culture de la curiosité. Ce n’est pas pour rien que les journaux people cartonnent chez nous. » L’humoriste affirme que ses amis et sa famille ont cherché à lui tirer les vers du nez une fois les émissions tournées. Il a tenu sa langue. « Mes potes me disaient que je n’étais pas cool, que je pouvais bien leur lâcher trois noms. Je leur répondais que si je faisais ça, j’allais leur gâcher le plaisir », avance-t-il, plaidant pour « le kif » de faire des paris et de « péter des câbles » en cherchant à décrypter les indices…

Camille Combal, lui, est bien content de ne pas avoir su avant le début des enregistrements qui faisait partie du casting. L’animateur ne l’a découvert qu’au fur et à mesure de la mise en boîte de chaque émission, lorsque la personnalité éliminée tombait littéralement le masque. Mais là encore, tout était fait pour que le secret soit bien gardé : « Lorsque la personne révèle son identité, on n’est qu’une poignée à être présents : les quatre enquêteurs, les deux cadreurs dont on a besoin pour tenir les caméras et moi, énumère le présentateur. Même le réalisateur devait se rendre seul dans une petite régie conçue juste pour cette séquence-là ». Pourquoi ? Pour ne pas éventer le mystère auprès de la quinzaine de personnes se trouvant dans la régie principale.

Accusation d’infidélité

Les candidats masqués eux-mêmes ne savaient pas qui d’autre était au casting. Ils n’avaient le droit de parler de leur participation à Mask Singer qu’à une seule personne de leur entourage, quitte à se retrouver en fâcheuse situation. L’une des personnalités, qui n’avait pas mis sa moitié dans la confidence, n’a pas tardé à être accusée d’infidélité car elle ne pouvait justifier ses longues absences pour les besoins des tournages. Garder un secret, oui, mais pas au péril d’un couple : la production a préféré intervenir et révéler le pot aux roses à qui redoutait la tromperie…

Ce fut la seule entorse à la loi du secret. Personne n’avait le droit d’adresser la parole aux personnalités et, sur le plateau – hormis lors de la prestation chantée –, les voix de ces dernières étaient modifiées pour qu’on ne puisse pas les reconnaître. Afin d’éviter toute fuite, les 200 personnes intervenant sur les tournages avaient pour obligation, dès leur arrivée au studio, de récupérer leur badge perso, ne leur donnant accès qu’à une partie bien précise du plateau. Leurs smartphones leur étaient confisqués pour la journée : pour communiquer sur place, ils devaient se contenter d’un (très) vieux téléphone portable – exempt de tout appareil photo ou appli – fourni par la production. Leurs sacs étaient fouillés et même les costumes des danseurs étaient passés au peigne fin au cas où ils auraient caché un quelconque matériel permettant d’enregistrer des images ou du son.

Les chauffeurs, gardes du corps et « nounous » (les personnes s’occupant des candidats) ignoraient tout autant le nom de la personnalité dont ils avaient la charge et qu’ils découvraient cagoulée et vêtue de noir. Résultat : autour du plateau, des cadreurs aux agents de sécurité, tout le monde jouait. « A chaque coupure pour les raccords, les coiffeurs, les maquilleurs, essayaient de nous aider en nous confiant leurs hypothèses », s’amuse Anggun.

Public frustré

Le public qui a assisté au tournage a dû signer une clause de confidentialité. Mais là encore, même la plus indiscrète des pipelettes aurait eu du mal à faire fuiter la moindre info. « Le reveal [la révélation de l’identité d’une personnalité masquée] se faisait sur un deuxième plateau », informe Rémi Faure, le directeur des programmes de flux chez TF1. Les spectateurs et spectatrices n’y assistaient pas. « On leur montrait simplement, sur l’écran, le portrait d’une star tout en leur disant que c’était peut-être elle qui se cachait sous le masque mais peut-être pas… La plupart du temps, ce n’était pas le bon portrait. »

De quoi être complètement frustré. « A la fin des journées de tournage, je sortais en bagnole, les fans attendaient devant le studio et quand je baissais la vitre ils me demandaient ; « Alors, c’est qui ? C’est vrai ou c’est pas vrai ce qu’ils nous ont dit ? ». La production a réussi à rendre le truc obsessionnel », se marre Kev Adams.

Si la mayonnaise prend, le jeu du « Qui se cache sous le masque ? » pourrait enflammer les conversations de la machine à café du boulot jusqu’aux repas de famille. TF1 rêve d’un tel enthousiasme fédérateur tout a sachant qu’il va falloir être sur ses gardes pour qu’aucune indiscrétion ne gâche les surprises. « On va essayer de garder le mystère le plus possible », glisse Ara Aprikian, le directeur des programmes de la chaîne en insistant sur son mantra : « spoiler, c’est pas jouer ». Nous, on tiendrait volontiers notre langue mais, pour l’instant, on la donne au chat.