VIDEO. BD: Le retour de « Nessie », Comment Adam va rater Eve, la prostitution sans fard...

DES BULLES DANS LE RÉTRO Retour sur les bandes dessinées les plus recommandables publiées pendant l'été

Olivier Mimran

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De gauche à droite et de haut en bas, détails de « #NouveauContact », « L'humain », « Putain de vies » et « In Waves »
De gauche à droite et de haut en bas, détails de « #NouveauContact », « L'humain », « Putain de vies » et « In Waves » — © Grand Angle 2019 / © Dargaud 2019 / © La Boîte à Bulles 2019 / © Casterman 2019

Sortir en août quand on est une bande dessinée n’est pas une mince affaire… quand les lecteurs et les critiques sont en vacances. Pour éviter qu’ils ne passent définitivement « à la trappe », 20 Minutes vous recommande ces quelques coups de cœur…

Le plus connecté : « #NouveauContact »

Êtes-vous de celles et ceux qui ont profité de l’été pour prendre leurs distances avec les réseaux sociaux ? Si la réponse est non, #NouveauContact, le nouvel album de Bruno Duhamel qui dénonce les excès et les limites des « amitiés numériques », pourrait vous convaincre de le faire l’an prochain. L’auteur de Le retour et Jamais y raconte en effet comment un passionné de photo écossais déclenche un beau foutoir après avoir posté sur « Twister » les clichés d’une étrange créature surprise aquatique…

La bestiole évoque évidemment la légende du « monstre du Loch Ness » (qui a récemment pris du plomb dans l'aile). Mais c’est un autre phénomène qui a inspiré ce récit à Duhamel : celui du «  Broccoli tree », rendu tellement célèbre via les photos postées par Patrick Svedberg sur Instagram qu’ il a dû être abattu après avoir été irrémédiablement détérioré par des « followers » venus du monde entier.

Super rigolo dans la forme mais plutôt terrifiant sur le fond, ce one-shot publié par les éditions Grand angle (15,90 euros) souligne avec force les dérives des réseaux sociaux, de la surmédiatisation et du tourisme de masse.

Le plus futuriste : « L’humain »

Maintes fois revisité, le mythe du « premier homme » prend une tournure carrément techno dans L’humain, un récit d’anticipation signé par les Argentins Diego Agrimbau et Luca Varela. Le duo y raconte comment, après qu’une catastrophe eut éradiqué l’espèce humaine, un couple de scientifiques terriens ayant passé plus de 500.000 ans en hibernation (et en orbite) retourne sur la planète bleue pour la repeupler. Sauf que rien ne va se dérouler comme prévu…

Dans ce récit publié par les éditions Dargaud (21 euros), notre Adam du futur (Robert de son vrai nom) ne retrouve pas son Eve (June), dont la capsule est pourtant supposée avoir atterri tout près de la sienne. Accompagné de quelques robots surpuissants, l’infortuné « héros » découvre que son aimée, qui est accidentellement arrivée une centaine d’années plus tôt, est morte depuis longtemps. Comment le dernier homme pourrait-il, dès lors, repeupler une terre que n’habitent désormais plus que des tribus anthropoïdes plus ou moins hostiles ?

Captivant quoique anxiogène, L’humain « interroge sur les relations entre l’homme, la nature et les machines et remet en question les dogmes post-humanistes de certains penseurs contemporains ».

Le plus sociétal : « Putain de vies »

Coédité par Médecins du monde, le recueil de témoignages en BD Putain de viess’intéresse à la population – ô combien stigmatisée – des prostitué(e) s. Et sa force réside dans son incroyable réalisme : l’autrice Muriel Douru (dont les Chroniques d’une citoyenne engagée ont reçu le prix « Out d’or » 2018) a recueilli les parcours de vie qu’elle a mis en images en se joignant à des maraudes de l’ association nantaise Paloma.

Cette série de portraits sans préjugés et loin des clichés ordinaires révèle donc comment une immigrée nigériane, une escort-girl, une transgenre colombienne et séropositive et bien d’autres travailleuses (et travailleurs) du sexe en sont venus à vendre leur corps…

À noter que les éditions La Boîte à Bulles ont eu la bonne idée de demander à Ovidie de préfacer Putain de vies. Une tâche dont l’ex actrice et réalisatrice de films X s’acquitte avec un grand brio.

Le plus émouvant : « In waves »

« À l’heure actuelle, c’est tout simplement mon roman graphique préféré au monde ». Cet hommage de l’auteur américain Craig Thompson (Blankets, Habibi) serait-il excessif ? Peut-être, mais on peut le comprendre tant la lecture de ce pavé de 376 pages se révèle émouvante. Car sur fond d’histoire du surf – et de certains de ses plus célèbres « disciples » –, Aj Dungo tient une promesse faite à sa fiancée Kirsten, décédée à l’âge de 25 ans après lui avoir déclaré « quand je serai partie, je veux vivre à travers ton art ».

Ça vous arrache une larme ? À nous aussi, d’autant plus que In Waves (éditions Casterman, 23 euros) est le tout premier roman graphique de ce jeune auteur californien et qu’on perçoit le relatif apaisement que sa réalisation a pu lui apporter.
Alors si ça parle de surf au sens large (de sa pratique, son histoire, ses héros), ça ne s’adresse pas qu’aux fans de la discipline. A travers ce sport, c’est l’océan et la fascinante mélancolie de ses vagues – qui ont « porté » la trop brève histoire d’amour d’Aj et Kristen – qui sont évoqués. Aussi sobre esthétiquement que dans sa narration, ce one-shot révèle un auteur déjà accompli.